Édito : Un cœur artificiel français en 2013
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Édito : Un cœur artificiel français en 2013
Dans quelques jours et pour la première fois en France, un cœur artificiel de nouvelle génération, après avoir été expérimenté avec succès sur des animaux, sera testé sur l’homme.
Pour reproduire le fonctionnement de l’organe humain, ce cœur artificiel, dont la durée de vie pourrait atteindre 9 ans, utilise un principe d’action hydraulique qui permet pousser le sang.
Comme le cœur humain, cette bioprothèse cardiaque comprend deux cavités ventriculaires, droite et gauche. Chacune est séparée en deux parties, l’une pour le sang et l’autre pour le liquide hydraulique, par une membrane souple en polymère biocompatible qui présente des propriétés similaires à celles du muscle cardiaque et agit de la même façon en éjectant le sang lors de la contraction. Quatre valves d’admission et d’éjection assurent sa progression unidirectionnelle.
Autre innovation majeure, les deux groupes motopompes miniatures qui transmettent le liquide d’actionnement vers les ventricules recréent les mêmes flux sanguins qu’à l’intérieur du cœur naturel (hémodynamique). L’objectif est de coller aux caractéristiques de volume, de pression et de débit très différentes des ventricules droit et gauche, l’un alimentant le poumon et l’autre tous les organes du corps.
Un dispositif électronique régule automatiquement son fonctionnement, réagissant aux besoins du patient (stress, repos, effort) à partir d’informations données par des capteurs et traitées par un microprocesseur. D’une extrême souplesse qui donne l’impression d’un tissu vivant, l’enveloppe externe qui contient le liquide hydraulique bat au même rythme que les pulsations cardiaques.
L’alimentation électrique se fera via des batteries rechargeables portées à la ceinture. Pour sécuriser le patient et lui laisser un maximum d’autonomie, un boîtier de télésurveillance portable lui donnera en continu des informations qui seront transmises à son cardiologue traitant, afin d’assurer un suivi à distance et une intervention à la moindre anomalie. a terme, des piles combustibles d’une durée de 12 heures seront proposées au malade »
Cette innovation est d’autant plus remarquable qu’elle résulte de la rencontre et de la passion de deux hommes, Jean Luc LAGARDERE, le patron de Matra (aujourd’hui EADS), décédé en 2003 et le Professeur Carpentier, qui a consacré 17 ans de recherche à la mise au point de ce cœur artificiel particulièrement innovant.
Grâce à l’enthousiasme de Jean Luc LAGARDERE pour ce projet et à son engagement financier et industriel, l’équipe du Professeur CAPENTIER a pu bénéficier de transferts de technologie décisifs en provenance de l’industrie aéronautique et spatiale, ce qui lui a permis d’être la première au monde à mettre au point ce cœur artificiel révolutionnaire.
Ce cœur artificiel sera commercialisé par Carmat (Carpentier-Matra) et le marché potentiel est considérable : 100.000 personnes dans le monde attendent une greffe de cœur, pour seulement 4000 transplantations cardiaques réalisées chaque année.Son coût opératoire sera comparable à une greffe classique, de l’ordre de 250.000 euros. L’entreprise pourrait ainsi pallier au manque important de greffons pour les personnes souffrant d’insuffisance cardiaque grave. Plus de 100 millions de patients sont concernés par cette maladie dans les pays développés.
Dès la rentrée prochaine, 22 adultes, insuffisants cardiaques volontaires devraient être sélectionnés pour participer à cette première mondiale, la phase d’essais cliniques doit durer un an et demi, ces transplantations auront lieu dans les blocs opératoires de plusieurs hôpitaux publics, à Lyon et à Paris.
Ce qui est frappant dans cette magnifique réussite humaine, scientifique et industrielle c’est qu’elle résulte de la rencontre féconde de deux mondes, celui de la recherche fondamentale et de la médecine, d’une part et celui de la technique et de l’industrie, d’autre part. c’est bien la synergie entre ces deux mondes et ces deux approches et le regroupement de compétences différentes mais complémentaires qui ont permis l’aboutissement de ce projet.
Cet exemple confirme que les grandes innovations de rupture de demain viendront de l’alliance et du croisement de la recherche théorique et du monde de l’industrie et de l’entreprise et qu’il est plus que jamais nécessaire d’imaginer et de favoriser de nouvelles formes de recherche et d’innovation organisées autour de projets à long terme, alliant recherche publique et privée et regroupant des approches conceptuelles et des disciplines scientifiques multiples.
René Trégouët
Sénateur honoraire
Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat
