Édito : La vie serait apparue sur Terre il y a plus de deux milliards d'années !
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Édito : La vie serait apparue sur Terre il y a plus de deux milliards d’années !
Cette découverte est de celles qui n’arrivent qu’une fois dans la vie d’un chercheur et elle donne le vertige : une équipe internationale et pluridisciplinaire de chercheurs coordonnée par Abderrazak El Albani du laboratoire « Hydrogéologie, argiles, sols et altérations » (CNRS/Université de Poitiers) a découvert au Gabon plus de 250 fossiles en excellent état de conservation qui apportent, pour la première fois, la preuve de l’existence d’organismes pluricellulaires il y a 2,1 milliards d’années.
Jusqu’à présent, les premières formes de vie complexe (dotée de plusieurs cellules) remontaient à 600 millions d’années environ. (Voir article du CNRS et article de Nature ).
De formes et de dimensions diverses, ces nouveaux fossiles (près de 250 spécimens) sont des êtres au corps mou et gélatineux "qui ne présentent aucune ressemblance avec quoi que ce soit de connu", selon les chercheurs.
Cette découverte surprenante montre qu’il existait sur Terre une vie organisée et complexe il y a plus de deux milliards d’années !
Pour être certains qu’il s’agissait bien d’êtres vivants, les chercheurs, grâce à la microtomographie à rayons X, ont d’abord élucidé la structure interne de ces êtres, dévoilant une organisation spatiale complexe. Ils ont ensuite analysé le carbone et le soufre des fossiles et les différents isotopes de ces deux éléments confirment que ces empreintes sont bel et bien des traces de vie.
Les premières traces de vie sont apparues il y a environ trois milliards et demi d’années : il s’agissait d’organismes procaryotes, c’est-à-dire privés de noyau.
Autre événement majeur dans l’histoire de la vie, « l’explosion cambrienne », autour de 600 millions d’années, marque la prolifération du nombre d’espèces vivantes, accompagnée d’une hausse subite de la concentration en oxygène dans l’atmosphère.
Mais on sait encore très peu de choses sur ce qui s’est passé entre 3,5 milliards et 600 millions d’années. C’est pourtant au cours de cette immense période appelée le Protérozoïque que la vie a franchi une étape décisive en se diversifiant et se complexifiant : aux procaryotes se sont ajoutés les eucaryotes, organismes uni ou pluricellulaires dont l’organisation et le métabolisme sont plus complexes. De grande taille, ces êtres vivants se distinguent des procaryotes par la présence de cellules qui possèdent un noyau contenant l’ADN.
Pour pouvoir se développer il y a 2,1 milliards d’années et se différencier à un niveau jamais atteint auparavant, les auteurs pensent que ces formes de vie ont sans doute bénéficié de l’augmentation significative mais temporaire de la concentration en oxygène dans l’atmosphère.
Celle-ci s’est produite entre 2,45 et 2 milliards d’années. Puis, il y a 1,9 milliards d’années, le taux d’oxygène dans l’atmosphère a brusquement chuté.
Jusqu’à présent, on supposait que la vie multicellulaire organisée était apparue il y a environ 0,6 milliard d’années et qu’avant, la Terre était majoritairement peuplée de microbes (virus, bactérie...).
Cette nouvelle découverte recule l’âge de l’origine de la vie multicellulaire de 1,5 milliard d’années et révèle que des cellules avaient commencé à coopérer entre elles pour former des unités plus complexes et plus grandes que les structures unicellulaires.
Il reste à présent à comprendre l’absence de fossiles entre 2,1 milliards et 600 millions d’années, âge des plus anciens fossiles retrouvés jusqu’ici, dans les collines d’Ediacara, en Australie. Il est possible que les formes de vie fossilisées dans les argiles gabonaises aient simplement disparu sans descendance.
On le voit, cette découverte tout à fait extraordinaire bouleverse totalement le scénario jusqu’à présent bien établi de développement et de complexification du vivant.
Elle remet en cause la distinction entre procaryotes et eucaryotes et pose finalement plus de questions qu’elle n’apporte de réponses à la grande énigme de l’essor du vivant. A mon sens, il faut se sortir de la tête toute comparaison avec ce que nous appelons eucaryotes et procaryotes, estime Hervé Le Guyader, biologiste de l’évolution (université Paris-VI). C’est précisément cela qui est passionnant : ce sont peut-être des formes de vie qui n’ont rien à voir avec celles que nous connaissons." "C’est un peu comme si on découvrait des organismes extraterrestres !", renchérit M. Janvier.
"Il est envisageable que les formes de vie les plus complexes, donc les plus fragiles, aient disparu au profit des organismes les plus archaïques", souligne pour sa part M. El-Albani. Mais la nature, après de multiples tâtonnements et sans doute de multiples échecs dont nous ne savons rien, aurait finalement permis l’apparition, un peu plus d’un milliard d’années plus tard, de nouvelles formes de vie plus élaborées, dont les formes de vie actuelles descendraient.
On le voit, c’est bien un nouveau et passionnant chapitre au grand livre de la vie qui vient de s’ouvrir !
René Trégouët
Sénateur honoraire
Fondateur du Groupe de Prospective du Sénat
